• Robert Chaize

Canal de Suez: point névralgique des télécoms


Le blocage inédit pendant 6 jours du canal de Suez par le porte conteneurs “Ever Given”, exploité par la société de transport maritime taiwanaise EverGreen Marine Corporation, nous rappelle l’importance de cet axe dans les échanges internationaux . Selon diverses estimations officielles, il est reconnu que 10 à 12% du commerce mondial y transite. Les conséquences sont nombreuses sur une économie de plus en plus globalisée et interdépendante : perte de marchandises vivantes (des milliers de moutons en transit vers le Golfe), perturbations dans les chaînes de production occidentales qui fonctionnent à flux tendus, hausse du prix du pétrole... Sans oublier la perte de revenus pour l’Egypte.


Mais cette région est aussi très sensible dans le domaine des télécoms. En effet, plusieurs câbles sous-

marins (SMW-X, EIG, Flag, GBI, IMEWE, PEACE…) sont posés sur les fonds du canal qui relie la mer Méditerranée à la mer Rouge. Par ces câbles sous-marins passent des milliers d’appels téléphoniques, de requêtes internet ou d’e-mails chaque minute entre l’Europe et l’Asie. Tout comme le trafic maritime, les télécommunications sont sensibles aux coupures de réseau. Le 19 décembre 2008, trois coupures quasi-simultanées au large de l’Egypte ont affecté les câbles SMW 3 & 4 ainsi que Flag. L’impact est immédiat chez les opérateurs avec des pertes de capacité de 50 à 80% pour les opérateurs du Moyen-Orient. Dans ce cas aussi, les conséquences économiques sont immédiates, les appels téléphoniques n'aboutissent plus, les requêtes internet échouent, les e-mails n'atteignent pas leurs destinataires. Il faudra plusieurs jours pour revenir à la normale.


Pourquoi existe-t-il un tel trafic dans cette région? Dans les deux cas, le passage par le canal de Suez est la route la plus rapide entre l’Europe et le Moyen-Orient ou l’Asie. Le transit de marchandises y est d’une quinzaine de jours, il faut compter une dizaine de jours supplémentaires en passant par le Cap de Bonne-Espérance. Grâce à ces câbles, l’échange de d’information est de moins de 100 millisecondes entre l’Europe et les pays du Golfe et de plus ou moins 200ms vers l’Asie du Sud-Est. Il faudrait ajouter 100ms en passant par le sud de l’Afrique.


Conscients des risques, des alternatives sont développées. Une route maritime par le Pôle Nord, plus courte est envisageable mais seulement lorsque la mer n’est pas gelée. Le fret ferroviaire est en fort développement mais ne représente qu’à peine 2% du trafic maritime. Coté télécoms, des consortiums gérant les câbles ont des solutions partiellement terrestres évitant le canal de Suez comme PEACE. Des systèmes de câbles régionaux comme RCN (reliant les EAU à la Turquie via la Syrie) ou JADI (partant de Jeddah vers Istanbul via Damas) ont aussi été étudiés et au mieux que partiellement délivrés en raison de la guerre civile en Syrie.


Sources:


http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/oceans-et-mondialisation/corpus-documentaire/canal-de-suez-strategique

https://www.econostrum.info/Telecoms-trois-cables-sous-marins-se-rompent-entre-la-Sicile-et-la-Tunisie_a484.html

https://support.ovrsea.com/entre-la-chine-et-leurope-le-fret-ferroviaire-sur-la-bonne-voie/

https://www.submarinenetworks.com/en/systems/asia-europe-africa/peace

https://www.gica.global/initiative/regional-cable-network-rcn

https://www.orange.jo/sites/wholesale/en/international-data-services/pages/jadi-cable.aspx





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